
Cinq siècles de pêche
De la découverte des bancs de Terre-Neuve aux doris de l’ADER.
Cinq siècles de pêche
Durant plusieurs siècles, la pêche à la morue a tenu une place prépondérante dans notre économie. Après la découverte des bancs de Terre-Neuve par les pêcheurs basques, bretons, normands et portugais, ce sont des dizaines de ports et de régions côtières françaises qui ont vécu de l’industrie morutière. Jusqu’en 1900, les voiliers eurent l’exclusivité de cette pêche avant que les chalutiers à vapeur n’apparaissent.
Le remplacement des lignes à main lancées du bord par des lignes de fond vers 1780, et l’emploi de doris un siècle plus tard sur le Grand Banc, furent les seules innovations importantes.
Des centaines de caravelles, puis de goélettes, et leurs matelots partaient pour des campagnes de six à huit mois à des milliers de kilomètres de nos côtes. Les équipages étaient composés de marins et de paysans, et quelques mousses étaient embarqués dès l’âge de huit ans. La menace de mort était permanente dans ces mers froides et dangereuses où sévissent tempêtes violentes et brumes épaisses. Maladies, blessures, accidents, naufrages, abordages ou perdition dans la brume étaient le quotidien de ces marins.
Malgré tous ces méfaits, les hommes réembarquaient chaque mois de février de l’année suivante pour Terre-Neuve.
Leur motivation : le pain était là-bas.
Le remplacement de la chaloupe par le doris
C’est vers 1870 que les armateurs de Saint-Pierre, terre-neuviers normands et malouins, adoptent les doris. Les principaux ports sont Dunkerque, Fécamp, Granville, Cancale, Saint-Malo, Dahouët et Binic.
La plupart des goélettes sont des deux et trois-mâts avec une trentaine de marins à bord, longs de 25 à 40 mètres ; ils peuvent porter 8 à 16 doris empilés sur le pont. Appareillant en février, les bateaux mettent au minimum vingt jours pour traverser l’Atlantique et atteindre les bancs au large de Terre-Neuve, sur lesquels ils mouillent pendant sept mois, après avoir préalablement pêché des bulots pour les hameçons.
Chaque doris, constitué d’un avant et d’un patron à l’arrière, partait, aidé d’une boussole, dans une direction tirée au sort, et mouillait trois kilomètres de lignes de fond montées avec 2 000 hameçons qu’ils relevaient le lendemain matin. Un travail harassant et dangereux. Les doris pouvaient contenir jusqu’à une tonne de morue. Le cabillaud était alors chargé sur le pont de la goélette, avant d’être travaillé pour le transformer en morue et le conserver à bord. Une fois les cales pleines, les goélettes rentraient vers les ports de débarquement, et surtout Bordeaux pour le séchage.
Le bateau
Le doris, parfaitement adapté et d’origine américaine, est une embarcation en bois reposant sur un fond plat, bordée à clins, à la coque bien tonturée — sole plate remontant aux deux extrémités —, à l’étrave élancée et fermée à l’arrière par un tableau en écusson. Tenant bien la mer, il est propulsé à l’aviron. D’une longueur de 5 à 6 mètres, il pèse environ 180 kg.
Ils étaient fabriqués par des charpentiers de marine habitant sur le littoral, surtout le long de la Rance pour le port de Saint-Malo. Après deux ou trois campagnes sur les bancs de Terre-Neuve, les doris étaient vendus à bas prix aux membres d’équipage, qui les utilisaient pour la pose de cordes, de filets trémails, de casiers, ou la récolte du varech ou du lichen sur nos côtes. Dans les années 1950, les pêcheurs les utilisaient encore dans la baie du Mont-Saint-Michel.
À son apogée, la pêche sur les bancs conditionne toute la vie économique des ports de la côte nord de la Bretagne. En 1914, Saint-Malo et Saint-Servan armaient encore 146 trois-mâts goélettes pour les bancs de Terre-Neuve.
L’ADER, depuis 1992
L’ADER perpétue cette tradition d’utilisation des doris dans sa forme originelle, en entretenant avec ses adhérents sa flotte de huit doris — dont les numéros 1 et 3, construits respectivement en 1991 et 1996 — par la réparation, la remise en peinture et la construction de nouveaux doris au fur et à mesure des mises en retrait, et en proposant à l’année des sorties dans la baie de Saint-Malo ainsi que dans l’estuaire de la Rance.
